Camille, fille d’agriculteurs, obtient un poste à la Direction Générale de l’Environnement Durable à Paris. Une belle promotion. Elle s’y fait remarquer pour son article sur la taxe carbone. Mais très vite les atermoiements politiques et les inerties structurelles viennent à bout de son enthousiasme et de ses efforts. L’avenir pour elle n’est-il pas dans un retour à la terre ?
Une fiction politique lanceuse d’alerte, extrêmement documentée, pour mettre à jour le phénomène institutionnel quand il réduit à néant toute énergie réformatrice et toute velléité de combat.
Extrait :
Prologue - le départ du Vert pays des eaux vives
Une jeune fille en train de faire des bruits rythmiques avec sa bouche.
CAMILLE. Pou tchi, Pou tchi, Pou tchi, Pou tchi ! Han han, han han !!! Pou tchi, Pou tchi, Pou tchi.
PERE DE CAMILLE. Allô, Camille ?
CAMILLE. Allô, Papa ?
PERE DE CAMILLE. Comment ça va ?
CAMILLE. J’ai été prise !
PERE DE CAMILLE. Ah, bravo Camille !
CAMILLE. Je viens de l’apprendre là !
PERE DE CAMILLE. Ah bravo, c’est quelque chose, hein ?
CAMILLE. Oui, c’est une super nouvelle. J’y crois pas encore, je crois.
PERE DE CAMILLE. Ah là, là. C’est quelque chose.
CAMILLE. J’étais pourtant persuadée de pas avoir le meilleur CV. Mais bon, c’est vrai que l’entretien s’était bien passé.
PERE DE CAMILLE. Ah oui, c’est quelque chose.
CAMILLE. Et je me demande si je n’ai pas été sur une liste d’attente à un moment. Le premier candidat a dû se retirer ensuite... Enfin bon, c’est quand-même une super nouvelle.
PERE DE CAMILLE. Oui, c’est ce qu’il te faut, de toute façon, un poste comme ça sur l’écologie.
CAMILLE. Oui, c’est une belle opportunité. Il faut qu’on fête ça quand je reviendrai.
PERE DE CAMILLE. Bien-sûr ! Je vais mettre une bouteille de champagne au frais là.
CAMILLE. Ah merci. (Un petit temps.) Ce poste, ça va me changer de mes années d’étude dans la recherche. C’est une nouvelle vie qui va commencer.
PERE DE CAMILLE. Ah oui, c’est sûr, c’est quelque chose hein.
CAMILLE. Oui, c’est quelque chose.
Un temps.
PERE DE CAMILLE. Bon, ben, moi, j’ai signé le compromis de vente aujourd’hui, là.
CAMILLE. Ah !
PERE DE CAMILLE. Oui, voilà, on a fait ça ce matin chez le notaire, avec les repreneurs.
CAMILLE. Ah oui, d’accord.
PERE DE CAMILLE. Et tu dis qu’il est situé où ton poste ?
CAMILLE. A la Défense, dans une tour qui s’appelle la tour Hévéa.
PERE DE CAMILLE. Ah.
CAMILLE. Ce qui est drôle, c’est qu’on passe par une machine à l’entrée qui bipe et qui mesure le temps passé au travail la journée. C’est amusant.
Un temps.
PERE DE CAMILLE. De toute façon, ça t’aurait pas plu de la reprendre la ferme, hein ? Non, mais tu seras mieux là, à faire des études, à la Direction heu...
CAMILLE. La Direction générale à l’environnement durable. Oui, c’est assez proche quand on y réfléchit. L’agriculture, c’est finalement le rapport qu’entretient l’être humain avec l’environnement. Avec les sujets sur lesquels je vais être à la Direction générale, voilà, la fiscalité de l’énergie… On est aussi sur le rapport de l’être humain avec l’environnement. Agir au cœur des choses. Pour avoir une prise directe avec l’environnement, c’est ce qui m’a toujours motivée.
PERE DE CAMILLE. Hmm hmm. Nan, mais moi, je te préfère là-bas. C’est bien comme ça. Allez, je mets la bouteille de champagne au frais et pis je file faire la traite. Voilà, ce sera la dernière.
CAMILLE. Oui... merci Papa.
PERE DE CAMILLE. Allez, je t’embrasse. Une fille dans des sphères comme celle-là, c’est quelque chose hein!
CAMILLE. Oui, c’est quelque chose.
PERE DE CAMILLE. Agir au cœur des choses.
Ils raccrochent.
CAMILLE (sur un rythme lent). Pou, tchi, Pou, tchi, Pou, tchi.
On entend des battements de cœur qui évoluent progressivement en pulsations mécaniques d’une machine à traire.
(…)
